Intox, complot, rumeur : la désinformation est-elle partout ?

Selon la « charte des journalistes », qui s’appuie sur les préconisations du Rapport CHARON un journaliste doit : « Publier une information de qualité ce qui signifie respecter la vérité, ne pas avoir recours à des procédés déloyaux, vérifier les faits, présenter de bonne foi. »  Malheureusement, cette vérité est parfois malmenée donnant naissance à un phénomène appelé la « désinformation ». Pour débattre sur ce sujet, le Press Club de France a invité 4 experts : François-Bernard HUYGUES, directeur de recherche à l’IRIS, auteur de « La désinformation, les armes du faux ». Ed. Armand Colin. Luc HERMANN, producteur associé et gérant de Premières lignes. Eric GIACOMETTI, journaliste-écrivain. Jacques RAVENNE, écrivain et auteur d’un livre et d’une enquête sur les Illuminatis.

Désinformer c’est la stratégie de l’offensive

Débat au Press Club. Intox, complot, rumeur : la désinformation est-elle partout ?
De gauche à droite : Luc HERMANN, producteur associé et gérant de Premières lignes. Un journaliste. Eric GIACOMETTI, journaliste-écrivain. François-Bernard HUYGUES, directeur de recherche à l’IRIS et Jacques RAVENNE, écrivain et auteur

Le terme « désinformation » apparaît pour la première fois en 1953 dans les dictionnaires soviétiques. Selon François-Bernard HUYGUES il s’agit « d’une stratégie donnant de la mauvaise information pour affaiblir un plan. C’est une arme offensive. » Tandis que le complotisme « a la manie de voir la désinformation partout même là où il n’y en n’a pas. Il est aussi là pour parfois faire taire l’autre ou pour empêcher toute critique d’un système. » Il se caractérise par un sens de l’adaptation.

Selon Éric GIACOMETTI il existerait 3 niveaux de complotisme :
– Le complot ayant un but unique avec une version officielle, exemple : l’assassinat de Kennedy.
– Le complot en groupe avec une idéologie créé pour remettre en cause une version officielle.
– Le complot relevant des champs de la croyance à vocation religieuse. Une particularité possible : le groupe n’existe plus. C’est le cas, par exemple, des illumanitis.

« Les attentats ont réveillé des complots. »

Les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan ont été des révélateurs de l’existence de complots déjà bien présents chez les jeunes. Pour Eric GIACOMETTI « les attentats ont révélé que les jeunes portaient un regard négatif sur le monde médiatique voyant un monde remplit de complots. Depuis, ce phénomène s’est amplifié ». Il prend pour exemple  un verre d’eau à moitié remplit.

« Vous voyez ce verre ?, c’est l’effet « Matrix » : l’eau correspond à la réalité, c’est ce que montre les médias. La partie vide représente l’imaginaire. Les jeunes se positionnent de plus en plus dans la partie vide du verre. Le complotisme y prend toute sa place. »

Face à cette réalité, les journalistes n’ont pas étaient épargnés. Selon Eric GIACOMETTI, « ils ont une grosse part de responsabilité », notamment dans la compréhension de l’information envoyée vers les jeunes, un discours « trop sérieux. » De plus, la maîtrise et le contrôle de l’information pose aussi un vrai problème, selon François-Bernard HUYGUES : « le quantitatif, le trop d’information ne permet plus de tout contrôler ». Même si « on ne peut tout vérifier il est toutefois possible de contrôler certain trucage. Ex. : sur Google image, il faut regarder si la légende est correcte, si la couleur de l’image est faussée. »

Nécessité d’expliquer aux jeunes

Les attentats de 2015 ont entraîné aussi une avalanche de diffusions sur l’ensemble des médias du monde entier et il n’a pas toujours été facile de détecter des vrais des faux, notamment pour le public jeune. Les jeunes n’ont pas compris, par exemple, pourquoi des journalistes portaient des gilets pare-balles sur le toit du journal de Charlie Hebdo pendant les attentats. Ils soupçonnèrent même un complot de la chaîne en question. Conscient de l’ampleur du phénomène le ministère de l’éducation nationale a fait intervenir le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information). Le but : donner aux jeunes les clés pour discerner des vrais des faux. Une « vidéo-kit pédagogique » renforce ce dispositif. Cet outil, produit par Luc HERMANN a été créé par Premières lignes et France Télévision.

Luc HERMANN  explique : « on a voulu expliquer ce qui c’était passé car beaucoup de jeunes ont cru qu’il s’agissait d’un complot alors qu’il s’agissait bien de journalistes : des journalistes d’enquêtes. Ces deniers doivent porter des gilets pare-balle liés aux risques de bavures dans ce genre de situation. » Enfin, cette vidéo explique que les complots ne datent pas d’aujourd’hui, qu’ils ont toujours existé, depuis la nuit des temps..

Pour sa part, Jacques RAVENNE, écrivain, auteur d’une enquête sur les Illuminatis prend référence dans l’histoire pour comprendre et expliquer le complotisme. Jusqu’au 19 e siècle il avait une fonction d’avantage sociale et on parlait de complot dynamique. De nos jours il est devenu statique.

A l’avenir, en qualité de « géant incontournable de l’information », Google saura-t-il s’équiper d’algorithmes sachant discerner les vrais des faux ?

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Géraldine Gomaere

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